La description au jour le jour des événements de la seconde guerre mondiale avec 67 ans de décalage
Près d'une année s'est écoulée depuis le début de la guerre, en sorte qu'il est naturel – semble t-il – de nous arrêter une minute à cette pierre militaire afin de parcourir du regard l'horizon vaste et sombre. Il n'est pas en effet inutile de comparer cette première année de la deuxième guerre contre l'agression allemande à celle qui lui correspondit, il y a un quart de siècle.
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Autre différence avec 1914, plus évidente encore : ce sont les nations tout entières qui sont plongées dans la guerre. Il ne s'agit plus seulement des soldats mais de toute la population, hommes, femmes et enfants. Les fronts sont partout. On trouve les tranchées dans les villes et dans les rues. Chaque village est fortifié. Chaque route est barricadée. La ligne de feu passe au travers des usines. Les ouvriers sont soldats, avec des armes différentes mais le même courage.
Il y a tout lieu de croire que cette guerre d'un nouveau genre convient particulièrement bien au génie et aux ressources de l'Empire britannique, et que, dès lors que nous aurons l'équipement et l'entraînement nécessaires, une guerre de cette nature doit nous être plus favorable que les sinistres hécatombes de la Somme et de Passchendael. Et s'il faut que toute la nation et tous les citoyens combattent et souffrent ensemble, cela aussi doit bien nous convenir, parce que nous sommes la plus étroitement unie dé toutes les nations, parce que nous sommes entrés en guerre par notre volonté nationale et les yeux, ouverts ; parce que nous avons été élevés, nous avons grandi, dans la liberté et la responsabilité individuelle et qui nous sommes les fils, non de l'uniformité totalitaire, mais de la tolérance et de la variété. Si toutes ces qualités sont appliquées, et elles le sont présentement à l'art de la guerre, peut-être pourrons-nous faire voir à l'ennemi bien des choses auxquelles il ne s'attend guère.
Depuis que les Allemands ont chassé les Juifs, abaissant ainsi le niveau de la technique du Reich, nos savants ont pris une avance marquée. Notre situation géographique, notre maîtrise des mers, ainsi que l'amitié des États-Unis, nous permettent de puiser nos ressources dans le inonde entier et de fabriquer toute espèce d'armes, notamment les armes de grande précision - et cela dans des proportions que seule l'Allemagne des Nazis avait atteintes jusqu'à présent.
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Voici un peu plus de trois mois qu'un nouveau gouvernement a pris le pouvoir dans notre pays. Quelle cascade de désastres s'est abattue sur nous ! Les Hollandais, trop confiants, succombant sous le nombre et leur vénérée et bien-aimée souveraine prenant le chemin de l'exil ; la ville de Rotterdam jadis si paisible, devenue la scène d'un massacre plus hideux et plus brutal que tout ce que l'on avait vu depuis la Guerre de Trente Ans ; la Belgique envahie et écrasée ; notre beau Corps Expéditionnaire, que le roi Léopold avait appelé à son aide, coupé et tout près d'être pris et n'échappant, semble-t-il, que par miracle et au prix de l'abandon de son équipement ; la France, notre Alliée, hors de combat ; et l'Italie entrée en guerre contre nous. La France entière au pouvoir de l'ennemi ! Un gouvernement de pantins établi à Vichy, gouvernement qui peut à tout moment se trouver contraint de devenir notre ennemi! Toute la côte occidentale de l'Europe, du Cap Nord à la frontière espagnole, aux mains des Allemands, tous les ports, tous les aérodromes prêts à servir de tremplin à l'invasion ! Et enfin, la puissance aérienne allemande, numériquement si supérieure à la nôtre, installée aux portes de notre île, si bien que, ce que nous redoutions est arrivé : les bombardiers hostiles venant de nombreuses directions peuvent non seulement atteindre nos côtes en quelques minutes, mais encore être escortés par leurs avions de chasse.
Eh bien, Messieurs, si au début de mai, sur l'immense front nous nous étions trouvés en face d'une pareille perspective, il n'aurait point paru croyable qu'après une telle période d'horreurs et de désastres - qu'au point où nous en sommes de cette période d'horreurs et de désastres - nous serions 'encore debout, sûrs de nous-mêmes, maîtres de notre destin, ayant au cœur comme une flamme inextinguible, la conviction de la victoire finale. Rares sont ceux qui eussent cru que nous survivrions à cette épreuve. Personne n'aurait pu croire qu'aujourd'hui, non seulement nous nous sentirions plus forts, mais que nous serions réellement plus forts que nous ne l'avons Jamais été.
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Comme aux jours de Nelson, l'ancienne maxime reste toujours vraie : " Les ports de l'ennemi forment notre première ligne de défense. " Aujourd'hui nos aviateurs, par leurs reconnaissances et leurs photographies, sont venus apporter à ce principe une nouvelle et puissante confirmation.
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La grande bataille aérienne qui se livre depuis quelques semaines au-dessus de notre île vient d'atteindre ces derniers jours une violence sans précédent. Il est encore trop tôt pour tenter d'assigner des limites, soit à l'ampleur qu'elle atteindra, soit à sa durée. Sans aucun doute, mous devons nous attendre à voir l'ennemi déployer de plus grands efforts qu'il ne l'a jamais fait. En France, en Belgique et aux Pays-Bas, il continue à établir et à perfectionner, pour s'en servir contre nous, de nouveaux aérodromes, et à y transporter les escadrilles et le matériel dont il a besoin pour ses attaques. Hitler ne peut évidemment pas se résigner à s'avouer vaincu, dans la guerre aérienne qu'il fait à la Grande-Bretagne, sans que son prestige s'en trouve gravement atteint. Si après toutes ses vantardises, après toutes ses horribles menaces, après tous les comptes-rendus terrifiants qu'il va claironnant au monde - proclamant les ravages épouvantables qu'il a faits chez nous, le nombre énorme de nos avions qu'il a abattus - à ce qu'il dit tout en perdant si peu lui-même ; si après avoir dépeint les Anglais frappés de panique et se terrant dans leurs trous et maudissant le gouvernement de plutocrates qui les a mis en pareille posture, si après tout cela, dis-je, toute sa grande attaque aérienne devait faire long feu, on verrait s'écrouler la légende de l'infaillibilité du Fuhrer.
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Nous avons l'espoir, la conviction que nous pourrons soutenir cette lutte aérienne indéfiniment, et aussi longtemps qu'il plaira à l'ennemi. Plus elle durera et plus nous nous rapprocherons, d'abord de l'égalité des deux aviations, puis de la suprématie de la nôtre - suprématie dont dépend pour beaucoup l'issue de la guerre.
Il n'est pas de foyer dans notre île, ni dans notre empire, ni même dans le monde entier - si ce n'est chez les Coupables - qui ne soit plein de reconnaissance envers ces preux aviateurs britanniques qui, sans se laisser intimider par le nombre, relevant sans cesse le défi, et affrontant sans cesse la mort, font reculer par leur vaillance et leur dévouement le flot menaçant de cette guerre mondiale. À la vérité, jamais dans l'histoire des guerres on ne vit de dette aussi grande contractée par tant de gens envers un groupe si infime. Tous les vœux de nos cœurs émus vont vers nos pilotes de chasse, dont nous voyons de nos propres yeux, jour après jour, les magnifiques prouesses ! Mais n'oublions jamais que tout le temps, que chaque nuit, et depuis de longs mois, nos escadrilles de bombardiers s'en vont au loin survoler l'Allemagne et y découvrir leurs objectifs dans l'obscurité ; nos pilotes dirigent leurs attaques avec une habileté merveilleuse, s'exposant souvent à un tir nourri, subissant souvent de grosses pertes, mais n'en continuant pas moins, avec une précision réfléchie et méticuleuse, à porter des coups écrasants aux points les plus sensibles de l'édifice technique qui fournit aux Nazis leur puissance guerrière.
Aucune partie de la R.A.F. ne supporte plus lourdement le poids de la guerre que nos bombardiers de jour, dont le rôle sera capital en cas d'invasion et dont déjà il a fallu à de nombreuses reprises modérer le zèle inflexible.
Affiche britannique rendant hommage aux pilotes de la RAF et reprennant la
phrase du discours de Winston Churchill
Comme il fallait s'y attendre, l'armistice de 1940 porta un coup terrible à notre situation dans le théâtre qu'on appelle assez bizarrement le Moyen-Orient. Ainsi, pour aider à la défense de notre Somalie, nous avions compté sur les forts effectifs français de Djibouti pour prendre les Italiens à revers. Également nous avions compté sur l'appoint des bases navales et aériennes françaises en Méditerranée, et particulièrement le long du littoral de l'Afrique du Nord française. Nous avions compté sur la Flotte française. Lors même que la France Métropolitaine se trouvait temporairement hors de combat, rien n'empêchait la Flotte française, de vastes contingents de l'Armée française, l'aviation française et l'Empire d'outre-mer de continuer la lutte à nos côtés.
Derrière le rempart de notre écrasante supériorité navale, disposant de bases stratégiques capitales et d'amples ressources financières, la France eût pu conserver sa place au milieu des grands belligérants. Ce faisant, elle eût sauvegardé la continuité de son existence, et l'Empire français se fût lancé, aux côtés de l'Empire britannique, à la reconquête de l'indépendance et de l'intégrité de là Patrie française. Pour nous, si nous avions été placés dans la même terrible situation que la France, aujourd'hui contingence heureusement impossible, quand bien même il eût été du devoir évident de tous nos chefs de guerre de continuer la lutte ici jusqu'au bout, un devoir plus impérieux encore les eût appelés (comme je l'ai indiqué dans mon discours du 4 juin) à assurer dans toute la mesure du possible la sécurité navale du Canada et. de nos Dominions, et à leur donner les moyens de continuer la lutte d'outre océan. La plupart des autres pays que l'Allemagne occupe jusqu'à nouvel ordre persévèrent, vaillants et fidèles, dans leur voie. Les Tchèques, les Polonais, les Norvégiens, les Hollandais et les Belges sont toujours à leur poste, les armes à la main, seuls représentants et seuls gouvernements légaux de leurs états respectifs reconnus par la Grande-Bretagne et les États-Unis.
Que la France seule soit dans l'heure présente accablée et comme anéantie est le crime, non d'une grande et noble nation, mais de ceux qui ont nom " les hommes de Vichy. " Notre sympathie est profonde pour le peuple français. Elle n'est pas morte, la vieille camaraderie qui nous unissait à la France. Dans la personne du général de Gaulle et sa vaillante cohorte, notre camaraderie prend une forme agissante. Tous ces Français libres ont été condamnés à mort par Vichy ; mais le jour se lèvera, aussi sûrement que le soleil demain, où leurs noms, riches d'honneurs reconnus, seront gravés dans la pierre de toutes les rues et de tous les villages d'une France rendue à sa pleine liberté et à son ancienne renommée, dans une Europe sauvée.
Depuis quelques mois, nous avons acquis la conviction. Qu’il était de l'intérêt, aussi bien des États-Unis que de l'Empire britannique, que les États-Unis aient à leur disposition les moyens de défendre l'hémisphère occidental, sur mer comme dans les airs,, contre l'agression de la puissance nazie, qui pourrait s'être assuré la haute main provisoirement, mais cependant pour un temps assez long, sur une grande partie de l'ouest de l'Europe.
Nous avons donc pris spontanément la décision - sans qu'on nous le demande et sans qu'on nous y incite en quelque façon que ce soit - de faire savoir au Gouvernement des États-Unis que nous mettrons volontiers à sa disposition les moyens de défense qu'il lui faut, en lui cédant à bail certains emplacements situés dans nos possessions d'outre - Atlantique, afin qu'il puisse se garantir contre les dangers incalculables qui pourraient le menacer à l'avenir. Ce principe de la communauté d'intérêts entre la Grande-Bretagne et les États-Unis avait été - admis et appliqué dés avant la guerre. Plusieurs accords avaient été conclus sur de petites îles du Pacifique, devenues importantes en tant qu'escales aériennes. Cette ligne de pensée nous trouva toujours en harmonie parfaite avec le Gouvernement du Canada.
Sur ces entrefaites nous apprîmes que la défense navale et aérienne du littoral atlantique préoccupait également l'opinion aux États-Unis, et voici que le Président Roosevelt a fait savoir qu'il aimerait discuter avec les Dominions du Canada et de Terre-neuve et nous, de l'extension des facilités navales et aériennes accordées aux États-Unis, à Terre-neuve et aux Antilles. Je n'ai point besoin de dire qu'il n'a jamais été question d'un transfert de souveraineté, lequel n'a jamais été proposé, ni de prendre des mesures à l'insu ou contre les désirs des diverses colonies intéressées. Le Gouvernement de Sa Majesté est prêt à céder à bail pour 99 ans aux États-Unis les moyens de défense de ces territoires, et je suis convaincu que leurs intérêts, comme les nôtres, les intérêts du Canada et de Terre-Neuve, comme ceux des colonies elles-mêmes, seront servis par ces mesures capitales.