La description au jour le jour des événements de la seconde guerre mondiale avec 67 ans de décalage
Si un concert unanime de plaintes s’est élevé pour stigmatiser les conditions extrêmement insuffisantes dans lesquelles a été assuré l’approvisionnement des villes, de toutes les villes et non plus seulement des grandes villes qui, elles, souffraient déjà depuis des mois, c’est que la viande a brusquement disparu de la plupart des menus vers le 15 avril, tandis que les œufs restaient introuvables, que les pommes de terre d’Allemagne promises n’arrivaient pas et que, d’une façon générale, pour tous les produits, la situation se tendait
Dans le Calvados, beaucoup de boucheries ne peuvent ouvrir qu’un ou deux jours par semaine et il en résulte un grave malaise dans la population. [...]Dans le Nord, le Comité interdépartemental de répartition est parvenu difficilement à assurer une répartition hebdomadaire dans chaque boucherie. Le consommateur reçoit ainsi une quantité de viande qui ne dépasse pas actuellement 20 % de la ration prévue. [...]En Seine-et-Oise, il n’a été distribué au cours du mois d’avril, dans beaucoup de communes, que 90 gr de viande par habitant et par semaine.
Le mécontentement de la population s’aggrave de jour en jour à Rennes, dans les autres villes du département et même dans les communes rurales, où la galette de blé noir, très consommée par les classes pauvres du département ne va plus pouvoir être fabriquée par suite du manque de sarrasin.
[...]Le manque de pommes de terre se fait sentir d’une manière inquiétante dans certaines régions comme les Ardennes, le Nord, l’Allier et les Deux-Sèvres. La raréfaction du vin, de l’huile, du lait, du poisson est signalée dans de multiples rapports. L’augmentation du cours du beurre provoque en général, parmi les consommateurs, non seulement le mécontentement mais la surprise, étant donné qu’à la présente époque de l’année ce produit, devenu plus abondant, diminuait généralement de prix.
L’insuffisance de la ration de pain est péniblement ressentie, surtout par les travailleurs manuels, agricoles ou industriels. Le coût extrêmement élevé des légumes continue à faire l’objet des récriminations générales.
Dans le Calvados, un contingent mensuel de 100 000 œufs a été demandé par les autorités allemandes, qui, au cours du mois d’avril, ont prélevé 13 500 kg de beurre. Dans l’Indre-et-Loire, les impositions allemandes, qui variaient jusqu’à présent entre 200 et 250 têtes de bovins par mois, viennent d’être portées à 700. Si l’on ajoute le contingent de 300 bovins fourni par ce département à la région parisienne, on arrive à un total de 1 000 têtes, alors que la production mensuelle du département est évaluée à 5 ou 600 têtes de gros bétail. Les commissions de réception vont se trouver dans l’obligation d’opérer des prélèvements sur le cheptel laitier, d’où de graves répercussions sur le ravitaillement de la population en corps gras. L’Indre-et-Loire doit également fournir 1 000 porcs par mois aux troupes d’occupation. Le Préfet de l’Aisne proteste contre l’imposition de 700 porcins à livrer aux troupes allemandes pour la période du 28 avril au 25 mai, chiffre qu’il est impossible de réaliser dans son département.
La hausse du prix de la vie permet de plus en plus difficilement aux ouvriers de faire face aux charges nouvelles qui leur incombent. Le danger est d’autant plus grand que les prix très élevés payés par les autorités allemandes attirent dans leurs chantiers de nombreux ouvriers qui abandonnent de ce fait les entreprises françaises et même les travaux agricoles. Ces entreprises essaient de lutter en employant toutes sortes de procédés, tels que paiement d’indemnités à des ouvriers n’habitant pas les localités où ils sont employés, casse-croûte, prise en charge par le patron de la part ouvrière des Assurances sociales, primes, changement de classe, etc.. Mais ces procédés, outre qu’ils aboutissent à une augmentation contraire à la législation en vigueur, qui interdit la surenchère, conduisent à une injustice sociale et à des profits exagérés pour tous les ouvriers non spécialisés alors que les ouvriers spécialisés restent aux mêmes salaires. Le déséquilibre est en outre accentué du fait que, dans les chantiers allemands, les ouvriers travaillent 60 à 70 heures par semaine, alors que, pour les travaux français, la règle des 42 heures par semaine reste appliquée.
C’est ainsi que dans l’Aisne, le tonnage alloué par le Secrétariat d’État aux Communications est de 900 tonnes, alors qu’une campagne normale en exigerait 12 000 en l’état actuel du réseau.
De même les transports ferrés continuent d'être gênés par la pénurie de wagons suite aux réquisitions allemandes.
Il semble que la persistance de l’hiver ait eu dans certains départements des effets fâcheux. Par contre, un gros effort a été tenté, d’une manière générale, pour augmenter les emblavements. Cet effort est d’autant plus méritoire que les difficultés éprouvées par les agriculteurs restent grandes. La pénurie de main-d'œuvre est particulièrement sensible. Dans un grand nombre de départements, la main-d'œuvre agricole a tendance à se porter vers l’industrie et principalement vers les chantiers de l’armée d’occupation, où les salaires sont très élevés. Le défaut d’engrais et de semences contribue également à augmenter les difficultés auxquelles les agriculteurs doivent faire face. Le prix des animaux s’est considérablement élevé. Ce n’est d’ailleurs pas seulement le prix des animaux qui s’élève ainsi, mais celui de tout ce qui contribue à la production agricole
prospectus du ppf, le parti
fasciste françaisLe recensement des immeubles détruits ou endommagés se poursuit. Dans le Nord, on compte 10 000 immeubles complètement détruits et 40 000 partiellement.
On peut citer, à ce sujet, la Seine Inférieure, qui dispose seulement de 3 % de la quantité de ciment qui lui serait nécessaire. Seuls les déblaiements sont, en général, poursuivis d’une manière assez active.
C’est ainsi que, le 2 mars dernier, le général Von Faber du Faur, chef de l’administration militaire régionale de Bordeaux, a ordonné le remboursement à cette ville d’une amende de garantie de 4 millions, en raison de l’attitude correcte de la population. A Champagnole (Jura), à la suite d’une soi-disant tentative de coup de main contre la poudrière, 10 otages avaient été arrêtés et le couvre-feu rétabli de 19 heures à 7 heures. La responsabilité des populations n’ayant pu être établie, le Feldkommandant a rapporté les sanctions et fait relâcher les otages. Au Valdahon, les habitants ayant été frappés d’amendes pour défaut de camouflage de lumières, une somme de 1 000 F, prélevée sur ces amendes, a été remise au Conseil municipal, en spécifiant que cette somme serait donnée aux pauvres de la commune.
Une condamnation à mort a été prononcée par la Cour martiale de l’Air de Flers, siégeant à Caen, contre un habitant du Calvados qui a été exécuté. Dans la Haute-Saône, trois habitants arrêtés à la suite du meurtre par noyade d’une sentinelle allemande à Vesaignes-sur-Marne, et qui ont avoué, ont été traduits devant un Conseil de guerre à Chaumont. Les débats ont abouti à une condamnation à mort.
Le Préfet du Calvados en particulier fait remarquer que ces gardes doivent parfois être prises sur des terrains inoccupés, sur lesquels sont ostensiblement rangés de faux avions de bois. Ainsi, des civils français sont tenus, au péril de leur vie, de surveiller ces terrains exposés aux bombardements anglais. Le Préfet de la Manche a dû, pour le même motif, recruter près de 440 gardiens, dont le traitement quotidien est de 14 000 francs
Malgré des démarches répétées, la cavalerie est mise en pacage sans souci de l’habitant et de ses besoins. Des terres à blé fraîchement ensemencées sont empierrées pour faciliter le passage des camions. Les communications téléphoniques sont interdites, de telle sorte que gens et bêtes risquent de mourir sans le moindre secours. Le ravitaillement devient de plus en plus malaisé. Par des mesures récentes, les passages d’autobus ont été supprimés pour des raisons militaires. Les consignes imposées à la population civile sont des plus strictes, au point que le fils d’un maire, rentrant des champs 10 minutes après l’heure de police, a été abattu à coups de mitrailleuse. Des vols quotidiens de bétail se produisent au préjudice des habitants et toute enquête est vaine.
L’action communiste tire ses arguments des difficultés actuelles, du coût de la vie, de l’insuffisance des salaires, du rationnement et des restrictions de toutes sortes. Elle trouve un terrain particulièrement favorable dans les localités industrielles, où la population souffre et ne mange pas tous les jours à sa faim. Déjà, dans certaines régions, notamment dans le Nord, dans le Pas-de-Calais, dans la Saône-et-Loire, des grèves, de courte durée d’ailleurs, ont éclaté, motivées en grande partie par la sous-alimentation.
